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05/12/2017

Itinéraire Digital 2017 - Bpifrance : revue panoramique de la transformation des couches profondes de l'industrie française

Depuis sa création en 2012, la Banque publique d’investissement n’a de cesse d’accompagner les entreprises nationales, de la start-up nouvellement créée aux plus grands fleurons de l’industrie française. Au cœur de sa stratégie, la volonté de servir l’avenir et « de préparer la France des années 2030 [1]», comme le souligne Nicolas Dufourcq dès 2013. Grâce à ses missions de soutien aux TPE, PME et ETI tout au long de leur cycle de vie ainsi que l’investissement dans des secteurs stratégiques d'avenir (conversion numérique, biotechnologie…), la BPI dispose aujourd’hui d’un point de vue panoramique privilégié sur le degré de développement du digital en France. Si le terme « phygital » reste peu utilisé au sein du groupe, la réalité à laquelle Paul-François Fournier l'identifie, à savoir les interactions entre le digital et le physique centrées autour de l’humain, est bel et bien intégrée par les entreprises. Dès lors, quel regard porte la BPI sur les transformations en cours ? Quels sont les ressorts de l’innovation digitale, qui a désormais essaimé dans la plupart des secteurs ?

 

Cette analyse a été réalisée suite à l’entretien de Sia Partners avec :

Paul-François Fournier, Directeur exécutif, Direction innovation

« La réalité est qu’un écosystème d’innovation fonctionne s’il y a massivement des sorties. On crée une génération de start-uppeurs, mais il faut maintenant développer les sorties. Si on ne développe pas les sorties, l’argent ne revient pas aux investisseurs et ils vont préférer investir dans des immeubles car là, ils voient l’argent revenir. »  

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Interactions entre les mondes physique et digital : vecteurs et reflets de la transformation profonde de l’industrie. Selon Paul-François Fournier, l’écosystème français est transformé par la révolution digitale sur deux niveaux distincts. D’une part, et ce fut longtemps le phénomène de transformation le plus tangible, les entreprises se digitalisent à l’échelle de leur secteur. Ce phénomène connaît des stades de développement disparates selon les secteurs, la distribution étant à titre d’illustration très avancée, à la différence de la mobilité et du transport dont la réalité digitale est plus faible.  Ainsi, Carrefour, par la voix d’Alexandre Bompard, a présenté en septembre 2017 une stratégie fondée sur l’accélération de la transformation digitale ainsi que sur le développement de l’omnicanal. Elle démontre les enjeux que représentent les interactions entre les mondes physique et digital pour un secteur à forte intensité concurrentielle. D’autre part, et il s’agit là d’un phénomène plus subtil mais d’une importance capitale, l’ensemble des entreprises françaises se transforme non plus seulement en « overlay », c’est-à-dire en surface, mais bel et bien en profondeur. De grandes tendances structurantes telles que le développement de l’Internet of Things (IoT) ou l’industrie 4.0 ont émergé et accéléré ces dernières années, représentant un tournant majeur pour l’écosystème français dans sa globalité. Paul-François Fournier précise cependant que certains secteurs présentent toujours une forte dimension humaine et semblent moins enclins à la transformation. Les services à la personne affichent par exemple une digitalisation plus lente qui s’explique par la nature du cœur de métier. Par ailleurs, la personnalisation et la fidélisation sont des objectifs davantage liés à des enjeux liés au B2C, là où les avancées technologiques font figure d’unités de mesure dans le B2B, ce qui explique également le caractère inégal de la digitalisation.

Assumer l’existence de divers modèles organisationnels. Si le digital est vecteur de l’innovation, l’un des enjeux pour les entreprises, comme le souligne Paul-François Fournier, réside en l’adoption de modèles organisationnels adéquats. A ce propos, la conviction forte de la BPI aujourd’hui est qu’il faut assumer la transformation du « core business » existant ou la relance d’une activité par des leviers potentiellement externes.  Ces changements requièrent des compétences, des méthodes de management et une certaine culture à développer. Sur ce point, il demeure une distinction fondamentale entre la stratégie « vache à lait », qui consiste à continuer à capitaliser sur des activités historiques, et la culture « conquête » qui implique de se transformer via des acquisitions externes. « Il faut accepter ces acquisitions », affirme Paul-François Fournier, car elles offrent davantage de potentiel pour développer des innovations disruptives. Google et Facebook ont par exemple mené avec succès des acquisitions d’entreprises externes. L’enjeu pour la BPI est donc de parvenir à créer des « sas de décompression », des lieux d’accueil, de protection et de développement des prises de participation dans des entreprises afin d’accompagner et encourager les stratégies de conquête des entreprises françaises.

Le développement de nouveaux profils, au cœur des enjeux du lien entre mondes physique et digital. Pour assurer la compétitivité des entreprises françaises face à la concurrence et aux attentes clients, la qualité des profils recrutés est essentielle. La France dispose à cet effet d’écoles d’excellence, notamment les écoles d’ingénieurs. Pour Paul-François Fournier, d’autres types de profils sont désormais recherchés, tels que les « codeurs », qui sont un exemple de ressource rare à l’heure actuelle. « Il faut plus d’établissements comme l’Ecole 42 » souligne le Directeur exécutif de l’innovation de BPI France, faisant référence à l’école d’informatique créée par Xavier Niel. Ces profils sont en mesure de faire le lien entre le physique et digital notamment en accélérant l’activité d’un point de vente par la création d’un site en ligne.  Ils permettent donc également d’accroître la force des entreprises et de créer in fine de nouveaux emplois.

 

Cas d’usage : iAdvize, l’humanisation de l’expérience client en ligne

Fondée en 2010, iAdvize a pour objectif de renforcer la satisfaction client et les ventes en mettant en relation un client en difficulté sur certains sujets avec un particulier maîtrisant ces questions et jouant le rôle de conseiller. L’entreprise a créé une véritable communauté d’experts qui interviennent sur les forums afin de répondre aux demandes pointues des clients. Les plus simples d’entre elles sont automatiquement traitées par des chatbots ; lorsque le niveau de complexité s’accroît, le client bénéficie du retour direct du conseiller expert., lequel est incentivé par un système de bonus lorsque sa réponse mène à un acte d’achat. Cette démarche est totalement transparente pour le client et bénéficie à toutes les parties prenantes : entreprise vendeuse, client et particulier expert. 

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Bpifrance en dates clés 

  • 2012 : création de la Banque publique d’investissement
  • 2014 : accélération des financements pour l’ESS et des dispositifs de soutien à l’export
  • 2015 : montée en puissance de l’accompagnement avec le lancement de trois accélérateurs pour startups, PME et ETI
  • 2016 : Bpifrance devient le premier fonds souverain au monde pour le nombre d’opérations effectuées depuis 2010 dans les entreprises technologiques

 

Consulter la liste des Itinéraires Digitaux publiés & à venir

 

 

 

 

[1] Christine Lejoux, Philippe Mabille et Fabien Piliu, Nicolas Dufourcq : "La BPI, c'est préparer la France des années 2030" [en ligne]. 15/04/2013. Disponible sur : http://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/industrie-fi...

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