• Print
  • Decrease text size
  • Reset text size
  • Larger text size
14/10/2019

Ce que Sia Partners retient de la 2ème édition de Médias en Seine

La deuxième édition de Médias en Seine, le festival dédié aux médias de demain, organisé par Les Echos et Franceinfo, se tenait le mardi 8 octobre. Sia Partners était présent et revient sur cinq sujets au cœur de cette journée.

Les français n’ont plus confiance dans les médias

C’est sur la nécessité et le défi de rétablir la confiance dans les médias que s’est ouverte la deuxième édition de Médias en Seine avec la keynote d’ouverture présentée par Sibyle Veil, PDG de Radio France et Pierre Louette, à la tête du Groupe Les Echos-Le Parisien.

Le rapport annuel publié par Reuters Institute dresse un constat sans appel sur la question. En 2019, la France a vu baisser son score de 11 points avec seulement 24% des interrogés qui disent avoir confiance dans les médias de l’Hexagone ; le pays se place désormais comme avant dernier dans le classement. Ce chiffre matérialise la crise de confiance qui touche le public français avec la montée des critiques et une expression d’incompréhension généralisée.

Le défi de la confiance se plaçait donc au cœur du programme de la deuxième édition de Médias en Seine, évoqué en fil rouge tout au long des interventions du festival. Franck Riester a ainsi réaffirmé la volonté de rétablir la confiance via les réglementations mises en place par le Gouvernement depuis un an et demi.

L’intelligence artificielle fait déjà partie intégrante des médias

Eric Scherer, directeur de l’innovation et de Future Média à France Télévisions, nous présentait sa vision de la relation médias et intelligence artificielle. Selon lui, l’intelligence artificielle (IA) va impacter les médias à travers trois axes principaux : la prédiction, l’automatisation et l’optimisation.

L’enjeu majeur des acteurs médias sera de savoir pallier leur manque de data dans le cadre de l’utilisation de l’IA. En effet, les géants de l’IA sont les mêmes que les géants du web et de l’internet : les GAFA et en Asie, les BATX qui contrôlent une masse gigantesque de données. C’est un facteur bien sûr primordial étant donné que l’IA signifie par définition la gestion et le traitement d’un nombre très important de données.

Concrètement, l’IA est déjà présente dans les médias aujourd’hui : des machines écrivent des livres, des articles, des scénarios de films, d’autres composent de la musique, des tableaux ou encore sculptent en 3D. L’IA représente, pour les médias, des champs d’applications multiples : 

●             Permettre une forme de journalisme augmenté à travers la rédaction d’articles automatisée

●             Lutter contre les fake news et modérer des commentaires haineux

●             Indexer les contenus pour les faire durer sur le web

●             Créer l’interactivité et personnaliser les contenus

●             Monétiser et prédire le succès en définissant précisément l’audience

L’aspect positif majeur de l’IA est l’automatisation des tâches rébarbatives. Cependant, outre les problématiques liées à la data, les médias doivent se réformer pour former leurs équipes et attirer des talents compétents dans ces domaines.

Finalement, une problématique plus large apparaît : aujourd’hui il n’y pas de réglementations suffisantes pour encadrer l’évolution de l’IA et ses dérives dans l’univers des médias (fake news, deepfake, des formes de discriminations, d’erreurs, de normes sociales imposées par des machines, des prédictions erronées bidons…) La nécessité de lancer une réflexion éthique est urgente.

Le marché de l’audio explose en France

2019 s’impose comme une année charnière pour le marché de l’audio qui devient un usage courant avec l’essor de l’écoute en live, le développement des podcasts ou des enceintes vocales. Après la bataille des plateformes vidéos, on assiste à une nouvelle bataille entre les différents acteurs de l’audio. Une tendance confirmée par les intervenants présents et les questions abordées à Médias en Seine.

Le podcast a notamment fait beaucoup parler de lui lors de la deuxième édition du festival avec la présence des médias historiques de la radio mais aussi des nouveaux acteurs du marché venus s’exprimer sur le sujet. 

Le podcast s’illustre désormais comme un relais de croissance dans la durée très puissant pour les formats audios qui a permis de démultiplier et d’élargir l’audience. La mise en avant de nouvelles écritures innovantes et créatives est une réponse à la baisse de l’audience traditionnelle et attire une audience nouvelle, plus jeune.

Un des enjeux majeurs de ces débats est aujourd’hui de réussir à conserver un lien privilégié avec le public radio via les podcasts. La radio étant historiquement perçue par le public comme un média universel et anonyme le défi pour les acteurs de l’audio est de maintenir le lien de confiance avec l’audience. Le podcast doit donc se concentrer sur le lien intime et privilégié qu’il a la possibilité de nouer avec son audience grâce à la personnalisation de ses contenus. 

Enfin, malgré l’engouement pour ce nouveau format audio, le podcast doit encore faire ses preuves s’il veut s’imposer dans la durée. Les différents acteurs présents à Médias en Seine ont rappelé que le défi majeur du podcast est désormais de trouver un modèle d’affaire viable et durable. Les acteurs français du podcasts, traditionnels et nouveaux, sont à la recherche d’une stratégie de diffusion et de monétisation stable.

La réforme de l’audiovisuel ne satisfait pas les acteurs historiques de la TV française

Les dirigeants de M6, Canal +, France Télévisions, Orange Content et Altice France ont présenté les enjeux de la loi sur l’audiovisuel en se focalisant principalement sur la production et leur régime fiscal.

En effet selon les intervenants, l’investissement dans la production est au cœur de la réforme de l’audiovisuel. Bien que les acteurs français souhaitent investir massivement dans la production, ils sont limités par la loi qui impose des quotas de contribution à la production d’œuvres audiovisuelles françaises et européennes ainsi que des contraintes concernant les droits de détention.

Le second enjeu est la taxation. Elle constitue un frein important pour l’investissement des chaînes dans la production. Par exemple, Canal+ a payé 78 millions d’euros de taxe au CNC cette année. La chaîne cryptée ne voit pas les bénéfices de la réforme et selon Maxime Saada, les chaînes payantes sont laissées de côté par la loi sur l’audiovisuel.

En matière fiscale, une autre nécessité pour les acteurs français est qu’ils puissent bénéficier des mêmes règles que les GAFAN (Google, Amazon, Facebook, Apple, Netflix). Ainsi, aujourd’hui avec la réglementation stricte qui régit l’écosystème médiatique français, Google est le premier acteur de la publicité locale en France car les diffuseurs sont davantage imposés. Pour unir leurs forces face aux GAFAN, TF1, France Télévisions et M6 ont pour ambition de lancer une plateforme de SVOD : Salto.

Le projet Salto, attendu début 2020, se dévoile de façon plus claire

Pendant cette journée de conférences et débats, le projet Salto a été évoqué à plusieurs reprises. Rien d’étonnant à cela, la future plateforme commune TF1, France Télévisions, M6 est attendue depuis plusieurs mois et devrait être disponible d’ici le premier semestre 2020.

Lors du débat entre les différents grands acteurs TV, Delphine Ernotte a été la première à défendre ce projet comme étant l’unique solution à la survie de toutes ses parties prenantes. En effet, selon elle, il y a des opportunités mais pas pour tous les acteurs. Il faut s’allier pour réussir à faire sa place dans un secteur audiovisuel en pleine mutation. La Présidente de France Télévisions a donné l’exemple du service de TV public Whyy en Finlande : ce service qui s’est retrouvé derrière Netflix, a investi dans les contenus, a changé sa stratégie et est finalement redevenu le premier média en Finlande devant Netflix. Il n’y a, selon elle, aucune fatalité.

Delphine Ernotte insiste aussi sur la façon dont doit être lu le budget de Salto. Si le budget dédié uniquement à Salto par les 3 acteurs paraît moindre face aux géants de la SVOD, il ne faut pas oublier les investissements et les structures que chacun des acteurs TV apportent avec lui dans cette plateforme par leur simple présence.

Le principe fondateur de Salto est de regrouper le meilleur du contenu des trois acteurs ainsi que des exclusivités. L’offre gratuite disponible sur les plateformes replay change en fonction de l’antenne alors que Salto est une offre de catalogue. C’est la différence entre un kiosque de presse et une bibliothèque. Ce futur service est une offre en plus et non à la place de l’offre gratuite. Les plateformes replay seront donc toujours présentes après le lancement de Salto.

En ce qui concerne sa stratégie de distribution, le lancement se fera en OTT. Même si aujourd’hui le premier moyen d’accéder à un contenu est encore la box opérateur, France Télévisions parie aussi sur une croissance de la télévision connectée comme moyen d’accès aux contenus. L’investissement en OTT est plus que primordial pour les acteurs TV traditionnels avec le développement de nouveaux supports hardware (dernière Apple TV, Fire stick TV nouvelle génération, chromecast…). Cependant, la discussion avec les opérateurs n’est pas exclue, il y a une complémentarité possible.

Si le projet se dessine de façon beaucoup plus nette, lors du débat, un point reste à clarifier : la gratuité des flux pour les distributeurs ou agrégateurs comme Canal+. Si Maxime Saada voit en Salto une initiative saine, il reste inquiet à l’idée que ces trois acteurs puissent lui demander une rémunération pour des contenus et des flux aujourd’hui gratuits.

La diversité du programme de cette deuxième édition de Médias en Seine témoigne donc de l’ampleur des enjeux mais aussi de la créativité dont les médias font preuve aujourd’hui. Avec l’émergence de nouveaux usages et de nouveaux formats, l’audience des médias n’a jamais été aussi forte mais ces opportunités s’accompagnent de nouveaux défis à relever pour les acteurs médias.

 

Back to Top