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19/04/2017

Génération Mobilité 8 : Trumperie : définir la confiance numérique

Cet article a permis à son auteur Quentin PORET, Ecole Centrale de Nantes, de remporter l'une des 3 Mentions Spéciales du Jury ainsi qu'un chèque de 800€ lors du concours étudiant Génération mobilité 8 sur la confiance numérique, organisé par Sia Partners, Orange et JobTeaser.com.

 

4 mensonges et affirmations « Trumpeuses » par jour, c’est l’étonnante moyenne estimée du président des Etats-Unis ! Parallèlement le volume d’informations sur Internet a été multiplié par 10 en 7 ans. Ce tsunami de données nous fait perde nos repères : quelle légitimité donner à l’information numérique ? De plus, avec un développement fort de nouveaux canaux de communication, tout le monde peut publier librement. Identifier une source et la valider devient un défi technique !
 

Dans cette guerre du numérique pour la vérité, la confiance est affaiblie. À qui la donner – l’homme ou la machine ?

La crise de l’information numérique

L’histoire des médias est ponctuée d’épisodes de désinformation. Lors de l’affaire Dreyfus, le colonel Henry falsifie des documents pour accabler l’accusé. La presse relayera l’information. Aujourd’hui, le développement du numérique semble accentuer cette dérive. Donald Trump est l’incarnation de cette communication numérique et rapide. Adoptant, sur Twitter, un style nouveau, soutenu et relayé par de nombreux fidèles ces « faits alternatifs » inondent Internet. Avouant obtenir la plupart de ses informations par la télévision, la légitimité propre au président est remise en cause. Comment faire confiance aux médias et à l’actualité en ligne ? De plus l’« ubérisation » du journalisme peut accentuer cette perte de confiance. Aux États-Unis le nombre d’emplois dans la presse papier a chuté de 30% en 10 ans, le numérique lui recrute. Une vision quantitative de la presse apparait. Celle-ci liée, aux avancés du Big Data et au modèle de revenu publicitaire « click-based », permet aux journalistes d’avoir des retours chiffrés et précis sur l’impact de leurs articles. Ils montrent une tendance pour les articles « people » plutôt que pour ceux apportant une analyse de fond (politiques…).

L’introduction du quantitatif peut, selon Simmel et Karl Marx, mener à une standardisation et un détachement des valeurs. C’est un phénomène observable dans les médias en ligne (Direct Matin, Metro news…) avec un flot d’articles similaires, aux titres affriolants, relayé par tous et sans réelle valeur ajoutée. Central European News prend part à ce phénomène en leurs vendant des informations douteuses. Les conséquences : une difficulté certaine pour retrouver la source de l’information et donc pour le lecteur d’évaluer la légitimité de l’auteur. Mais qui poste vraiment ces articles ? Journalistes ou robots ? Sur les réseaux sociaux, une partie du flot d’informations provient des « bots », des robots qui créent automatiquement des messages. Ils ne sont pas limités par le sommeil et peuvent distribuer en continu et massivement des données. Quel rôle peuvent-ils jouer ? Les exemples du Brexit ou de l’élection américaine apportent un début de réponse ! Une étude de l’université d’Oxford démontre une stratégie d’utilisation des « bots » par le candidat Trump. Celle-ci est estimée à 20% du volume des discussions sur l’élection. Le but ? Submerger Twitter d’affirmations négatives sur l’adversaire pour créer une confusion et induire le rejet d’Hillary Clinton.

La légitimité à l’ère du numérique

Où se positionner dans cet océan d’informations ? Avec le développement du web 2.0 l’individu en est au centre. Il peut être le créateur d’informations, via un blog, ou le distributeur en choisissant de partager un article. Ce phénomène modifie notre confiance. Ne sommes-nous pas plus enclins à suivre les conseils d’un ami que ceux d’un inconnu ? C’est ainsi que des individus proches de leur communauté, générant un taux d’engagement fort, deviennent des forces d’influence. Enjoyphoenix est l’exemple d’une personnalité qui, avec 2,7 millions d’abonnés, booste les ventes des produits qu’elle commente. Ses abonnés ont confiance en son jugement. Pourtant elle n’a pas plus de légitimité sur la mode qu’un autre. Sans réelle confirmation ou accréditation de son expertise, elle partage, simplement, son opinion avec toute la subjectivité propre à l’humain. L’individu est alors acteur de son réseau d’information. Il peut choisir à qui octroyer sa confiance ou l’ôter en un clic !

Dès lors, comment estimer la légitimité d’une source d’information ? Le premier réflexe est d’étudier ses données quantitatives : combien de personnes suivent cette source par exemple ? Cette méthode reste limitée, le nombre ne faisant pas toujours la véracité. L’autre méthode serait d’évaluer la positivité des réactions et commentaires. Mais finalement, la perte de repères objectifs se retrouve avec celle des accréditations, comme la carte de presse, qui n’existent pas sur internet. Tout le monde peut se revendiquer journaliste ! Comment rétablir cette norme des accréditations ? Des algorithmes et un système de certification sont développés. Une information doit avoir un intérêt, être factuelle et vérifiée. Le Decodex créé par le journal Le Monde, ou le site collaboratif « CrossCheck » suivent ce principe et analysent un article en se basant sur une banque d’informations vérifiées, la citation des sources et l’auteur. Il est alors capable d’établir la fiabilité du site et l’objectivité de l’auteur : propagande politique, partis pris...

Les informations trompeuses font l’actualité. La numérisation de notre société accélère et amplifie ce phénomène. Devant ce tsunami d’informations aux innombrables sources et distributeurs, difficile d’avoir confiance. Comme la confiance en l’humain est rompue, l’idée d’utiliser des algorithmes impartiaux pour établir si un article est de confiance ou non se développe. Mais alors, pourquoi ne pas penser un média automatisé capable de créer, sans source humaine, des articles pertinents et objectifs ? Ce n’est évidemment pas pour demain, à cause d’une défiance importante du numérique. Mais c’est avec optimisme qu’il faut penser ces possibilités technologiques. En restant toujours méfiant des potentielles dérives, c’est à nous humain de développer la confiance numérique !

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