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10/05/2017

Génération Mobilité 8 : Digitalisation, crise de confiance ou crise d’identité ?

Cet article a permis à son auteur Charles BAZIN, Grenoble EM, de remporter l'un des 5 Prix de Publications ainsi qu'un chèque de 400€ lors du concours étudiant Génération mobilité 8 sur la confiance numérique, organisé par Sia Partners, Orange et JobTeaser.com.

 

Dans votre poche, un smartphone. Devant vos yeux, un écran. Dans vos oreilles, de la musique. Partout autour de vous, des objets interconnectés. Partout à travers vous, des ondes Wifi ou GSM. Bienvenue dans votre monde.

Défiance ou confiance ?

Toute cette technologie, vous ne la comprenez pas. Elle est indifférenciable de la magie. Comment expliquer autrement cet accès universel à la connaissance ? Cette communication instantanée ? Cet émerveillement constant devant les couleurs chatoyantes que l’on peut contrôler d’un mouvement de pouce ? Cette magie, nous l’utilisons au quotidien, en permanence. 87 % des Français utilisent quotidiennement internet, les autres sont intégrés sans qu’ils s’en aperçoivent, puisque les services publiques, transports, entreprises, réseaux de distribution, sont pleinement intégrés dans la techno-sphère. Notre vie ne peut désormais se concevoir sans les usages du numérique. Facebook pour discuter entre amis. Linkedin pour trouver un emploi. Blablacar pour se déplacer. Tinder pour se rencontrer. Pourtant, un instinct animal nous démange. Nous restons suspicieux, emplis de doutes quant à ces « nouveautés ». Ainsi, 63 % des Français ne font pas confiance au numérique.

Au-delà de la fascination pour tous ces facilitateurs de vie, c’est le besoin de faire partie d’une communauté qui permet de surmonter la contradiction entre l’utilisation massive du numérique et le peu de confiance déclarée. La confiance de fait est assurée par ce formidable accélérateur qu’est l’effet de réseau. Plus d’utilisateurs, c’est plus d’attractivité, plus d’attractivité c’est plus d’utilisateurs. Voilà pourquoi nous nous agglutinons virtuellement, c’est parce que nous faisons confiance à nos congénères.

La toile est pleine de danger, il est possible de s’y faire piéger et de drôles d’animaux y rodent.

Dans les premières années d’internet, à l’époque où ce cybermonde était encore décentralisé et anarchique, les dangers étaient les mêmes que dans le nouveau monde peu après sa découverte. La piraterie, qui cherchaient des pièces d’or au XVIème siècle et des informations bancaires au XXIème, et les maladies, scorbut ou cholera aux Antilles, virus et vers dans les ordinateurs. Ces dangers n’ont pas disparu totalement mais sont aujourd’hui loin d’être significatifs pour les usagers de l’ordinaire. Le trafic des flux d’information s’est intensifié de manière exponentielle si bien que les unités de mesure montrent leurs limites. On parle désormais en zetta-bytes soit 10 suivi de 21 zéros quand on veut décrire la quantité de données échangées à travers le monde, et le yota-bytes et ses 24 zéros n’est plus très loin. Cette information s’est non seulement massifiée, mais elle s’est aussi centralisée pour se retrouvé gérée par quelques immenses « Datacenter » de Google, Facebook ou Microsoft. Centralisée et légalisée par les derniers textes européens notamment.

C’est cette explosion qui donnent des sueurs froides aux journalistes, qui se traduit par une très légère, fugace hésitation de l’utilisateur final. En effet, ce dernier, par sa vie digitale, génère tout un ensemble d’informations qui, agrégées, permettent une description détaillée de la personne, de ses habitudes, de ses préférences. Amazone parvient à prévoir votre commande avec une telle certitude que les produits sont expédiés avant même votre achat. Google connaît le moindre de vos déplacements grâce à Maps. Prism, révélé par Edward Snowden, serait capable d’écouter toute les conversations du monde.

La vie privée n’existe plus, mais est-ce si grave ?

La génération de données par chaque individu est telle, que la vie privée a disparu, tout est disponible, partout, à n’importe quel moment. Mais les individus ne sont pas les seuls à générer de la donnée… A l’heure où tout devient « intelligent », votre voiture, votre montre, votre frigo, votre ville, on peut se demander si le débat sur la confiance n’est pas tout simplement obsolète. L’intégration des hommes dans la cyberstructure est telle qu’elle pose la question de l’identité de l’utilisateur avant toutes les autres. 10 % des utilisateurs Twitter sont des robots, ils génèrent 25 % du trafic, si certains ne servent qu’à porter des messages d’une application à une autre, d’autres sont des algorithmes finement conçus pour influencer l’opinion. Twitter n’est pas la seule plateforme affectée par ces utilisateurs artificiels… les forums et les sections commentaires des sites d’information croulent sous les productions générées par des non-humains, parfois, les articles de presse eux-mêmes sont rédigés par des robots. L’opinion est donc la première troublée par ce voile sur l’identité.

Humain ou robots ?

C'est une question que nous n’avions pas à nous poser il y a quelques années, mais la technologie a tellement progressé qu’il est difficile de distinguer les deux lors d’une interaction. Sa pertinence est déjà remise en question par l’avènement du transhumanisme, puisque les deux ne formeront plus qu’un seul être augmenté, produisant, traitant, communiquant de l’information en tout lieu et en tout instant.

Ainsi, ce vieux débat sur la confiance en la technologie change de sujet. Il tournait autour de la sécurité et de la vie privée face aux applications digitales naissantes. Désormais, il est irrémédiablement attiré par la question fondamentale des décennies à venir : l’hybridation de l’homme et de la machine. L’ordinateur disparait pour se fondre dans les objets connectés, l’homme se transforme en utilisateurs, en client ou en visiteur, les deux se mêlent dans un rapport quasi-charnel mais virtuel.

L’augmentation du monde par l’ajout d’une dimension cyber est en bonne voie, certains à la marge s’y opposeront, par peur ou par incompréhension, ils seront vite obsolètes. Les autres, ceux qui accordent une confiance de fait à ses nouvelles opportunités, pourront en profiter et s’élever.

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