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12/04/2017

Génération Mobilité 8 : La guerre de la toile : la menace des trolls

Cet article a permis à son auteur Robin MOUQUET, IMT Lille-Douai, de remporter le Prix spécial du Jury (une tablette Samsung) lors du concours étudiant Génération mobilité 8 sur la confiance numérique, organisé par Sia Partners, Orange et JobTeaser.com.

La BAC vient d’enfoncer la porte de votre appartement, vous vous retrouvez menotté, en joug, et on vous annonce votre arrestation pour le meurtre de votre conjoint et vos enfants. Pourtant vous veniez de recevoir un texto de votre moitié qui vous demandait de ramener du pain et jouiez paisiblement à la console. Vous venez d’être victime d’un swatting parfaitement orchestré par un troll, comme le fut Enora Malagré en mars 2015.

Troll qui es-tu ?

Le troll est aussi vieux qu’Internet. Si sa définition diffère selon les sources, elle s’accorde sur un internaute à l’origine de contenus ou d’actions visant à semer le trouble sur des forums ou réseaux sociaux par plaisir, sous-couvert de la liberté d’expression et du sens de l’humour. Si un individu lance par exemple un débat sur le fait de savoir si la PS4 est meilleure que la Xbox One, il s’agit d’un troll des plus classique. Le débat s’enflammera et n’aura aucun intérêt tant il est subjectif, nourrissant la seule envie du troll : l’attention de la communauté apportée par un buzz stérile. On le distingue néanmoins des haters et des rageux, qui ont eux aussi une attitude nuisible au net mais ont des intentions différentes.

L’internet idéal en danger

Ces trolls nuisent tout autant à la qualité et à la liberté des contenus qu’à la confiance qu’on leur accorde. Brandissant la liberté d’expression pour lancer des débats houleux ou des commentaires violents, ils modifient pourtant les comportements numériques, et favorisent l’autocensure. Dans une enquête menée dans la rédaction du Time, 80% des journalistes avouaient « éviter spontanément certains sujets en ligne » et 50% des femmes ont « envisagé quitter leur métier face au harcèlement ». La méfiance vis à vis du web est grande et les trolls l’accentuent. Leurs pratiques engendrent des contenus inutiles, comme les lolcats et autres memes, ou faux, comme certaines pages Wikipédia, relayés massivement sur les réseaux sociaux. Ce contenu puéril massif devient, malheureusement, l’apriori uniforme d’une partie du grand public vis-à-vis des contenus du net alors qu’il était à l’origine un espace de partage de connaissances libres entre universitaires proposant du contenu poussé. Reste à trouver un équilibre entre un internet libre laissant les trolls agir, et un réseau complétement éditorialisé mais structuré.

Le côté obscur du troll

Aujourd’hui, la majorité des trolls se contentent de l’attention qu’on leur donne quand ils sabotent internet, néanmoins le comportement de certains est devenu une menace directe pour tous. L’avènement de sites comme 4chan et l’utilisation croissante du Deep-Web ont fait naitre des réseaux de trolls dont l’activité dépasse largement le cadre légal. Certains trolls se sont pris de passion pour le harcèlement, via Twitter notamment envers des célébrités de minorités ethniques ou religieuses. Si les réseaux sociaux travaillent sur le signalement de ces comportements, ceux-ci restent à la fois fréquents et néfastes. D’autres trolls s’orientent vers le doxing, visant à divulguer des listes d’informations personnelles, la commande massive de pizzas avec une fausse identité, ou le swatting que vous connaissez maintenant. En 2015, plusieurs dizaines de cas de swatting ont été recensés en France, pourtant ces pratiques sont encore méconnues du grand public. Si ces pratiques sont alarmantes, elles pourraient encore s’intensifier par l’utilisation de l’I.A, permettant de créer des communautés virtuelles, ou de failles de sécurité liées à l’IoT.

« Don’t feed the troll »

Il existe tout de même plusieurs manières de lutter contre les trolls, et la première repose sur ce fameux adage. En effet, en ignorant le troll, sans répondre à ses provocations, on évite tout débordement. Il y a donc un travail d’éducation spécifique aux trolls et à la culture d’internet à entreprendre, au-delà de la prévention contre le piratage. Mieux appréhender cette culture permettra à la fois d’éviter les pièges des trolls et d’utiliser internet à son potentiel maximal.  Avec plus d’expérience, il est aussi possible de « troller » un troll pour le ridiculiser et ainsi le faire cesser. Sur ce principe, Linus Neumann, véritable maître-troll, a développé un algorithme capable de détecter un contenu troll par rapport à son niveau de langage, les insultes, les sujets abordés…  Si le troll est détecté, l’auteur du message doit remplir un captcha de manière infinie et se pense incapable de le résoudre.

Le troll pour ramener l’équilibre dans l’internet

La lutte contre les comportements nuisibles des trolls peut s’engager, mais il est même envisageable de les utiliser à bon escient. Un rapport de l’OTAN pointe notamment l’utilité des trolls comme outil de guerre pour démotiver les populations en répandant de fausses informations, comme ce fut le cas lors de l’intervention de la Russie en Ukraine. Les communautés trolls peuvent aussi être de très bons testeurs. Lors du lancement sur Twitter de Tay par Microsoft, l’I.A avait atteint le point Godwin très rapidement, sous la pression trolls. Les tests réalisés sur l’I.A n’avaient pas anticipé ce scénario mais cette expérience ratée a sans doute été riche en enseignements pour les développeurs. Enfin, certains trolls ont le mérite d’être réellement drôles et amusants. Quelques posts sarcastiques ou pranks bien placés, dont nous sommes tous capables, contribuent à un climat convivial et peuvent discréditer des publications xénophobes ou sexistes en les tournant au ridicule. Le succès d’internet est grandement dû à son coté divertissant lié aux jeux, blogs ou chaines YouTube qu’il a fait naitre. Les trolls font partie intégrante de ce divertissement et il semble alors dommageable et autoritaire de vouloir les éradiquer totalement. En les comprenant, en les intégrant et en limitant leurs aspects néfastes, ils aideront à faire du net un espace encore plus propice à l’échange de connaissances et au rapprochement des humains.

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