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26/03/2014

Génération mobilité 5 : Esquisse à main levée de l'entreprise du futur

Génération mobilité est une tribune unique qui permet aux étudiants, bientôt dans la vie active, de contribuer à la réflexion sur les évolutions et les ruptures technologiques à venir. La cinquième édition, sur le thème de « l'entreprise numérique de 2020 », a rencontré un vif succès, avec toujours plus de participants et de votants, illustrant ainsi le fort intérêt des étudiants pour les enjeux liés à cette problématique.

« Demain est moins à découvrir qu'à inventer ». Réflexion du philosophe français Gaston Berger, inventeur du terme « prospective », qui correspond bien à la problématique sur l'entreprise de demain. Les étudiants en sont conscients et ont pris en compte ce paramètre pour imaginer cette entreprise de demain à l'image des plus grandes oeuvres d'anticipation telles que Minority Report en son temps. Ce travail prospectif les a poussés à explorer trois problématiques principales : technologiques, managériales et humaines.

Au-delà des outils et équipements existants aujourd'hui, l'horizon quasi-infini de possibilités offertes par le numérique a amené certains étudiants à imaginer une entreprise où les technologies sont tellement omniprésentes qu'elles s'intègrent directement à l'Homme en le transformant en cyborg connecté au monde et capable de réfléchir plus vite. D'autres prévoient une disparition des entreprises telles qu'on les connaît aujourd'hui au profit d'entreprises archipels, refuge des travailleurs nomades, ou de simples clés USB. La majorité prédit une transformation profonde de l'entreprise, notamment avec l'adoption de la logique collaborative au travers de plateformes ouvertes et de réseaux sociaux, mais certains dressent toutefois un portait plus nuancé de l'entreprise de 2020, loin d'une révolution numérique totale. Néanmoins, les étudiants s'accordent sur le fait que ces mutations ne pourront se faire que si l'humain est placé au coeur du projet de l'entreprise.

La technologie au coeur des transformations de l'entreprise

La révolution numérique, qui a envahi nos mains puis nos maisons et nos cités, pénètre à présent de façon accélérée le monde professionnel. Ordinateurs ultraportables, smartphones, tablettes : ces terminaux mobiles issus du grand public sont aujourd'hui largement adoptés par les entreprises, dont le parc et les outils informatiques sont généralement plus anciens que ceux détenus à la maison.

Au-delà de l'image de modernité, le collaborateur devient plus productif et efficace en mobilité. Il trouve un équilibre grâce à la démocratisation des applications mobiles et des solutions informatiques dans le nuage. La mobilité et la dématérialisation progressive du poste de travail repoussent les limites entre physique et virtuel et permettent de favoriser l'accès à l'information, maîtriser les coûts avec une facturation à l'utilisation, mais aussi diminuer l'empreinte environnementale de l'entreprise. La mise en place d'une politique de « bureau sans papier » d'ici 2020 n'est donc plus une utopie. Ainsi, en 2013 les revenus du cloud computing auraient franchi le cap des 2 milliards d'euros en France selon IDC. Editeurs, opérateurs, comme Orange, et géants du web ont d'ailleurs tous l'ambition de s'imposer sur ce marché en forte croissance avec leurs services d'externalisation applicative et de stockage dans le nuage. Ce dernier segment devrait croître en moyenne de 40% par an d'ici 2017 selon le même analyste.

Si cette dématérialisation procure une agilité accrue, les débats ne tarissent pas autour de la sécurité des données parfois accessibles aux collaborateurs de chez eux ou stockées dans le domaine public. Ainsi, d'après Forrester, seules 20% des entreprises européennes ont choisi le cloud public en 2013, contre 42% pour le cloud privé. A noter que la France semble en retrait avec un niveau d'adoption de 31%. En cause, l'incertitude sur la gestion des risques liés à l'utilisation du cloud. L'Etat a sans doute un rôle à jouer en montrant l'exemple et en adoptant lui-même cette solution qu'il annonce comme indispensable pour s'insérer dans la révolution numérique, innover et rester compétitif à l'échelle mondiale.

La flexibilité apportée par les nouveaux outils également utilisés à des fins personnelles, comme le smartphone, pose également la question de la sécurisation des données professionnelles. Avec les systèmes tels que Blackberry Balance ou Samsung Knox, les constructeurs de terminaux proposent des espaces séparés et étanches, dédiés soit aux données personnelles soit aux données professionnelles. L'idée de solutions d'authentification biométrique simplifiées, comme la fonction Touch ID d'Apple introduite sur l'iPhone 5S fin 2013, font elles aussi leur chemin : peut-être s'imposeront-elles comme remplacement des multiples mots de passe aujourd'hui encore répandus.

L'entreprise en réseau, la nouvelle norme à l'ère du numérique

Avec les solutions de communications unifiées, intégrant téléphone fixe et mobile, email, messagerie instantanée, vidéoconférence, outils de partage et de gestions de fichiers, échanges communautaires, jamais le partage d'informations et de connaissances n'a été aussi facile et rapide qu'aujourd'hui. A l'image de la toile Internet, le fonctionnement de l'entreprise se transforme progressivement.

En adoptant les usages déjà largement répandus dans la vie personnelle de leurs collaborateurs, comme les réseaux sociaux ou le crowdsourcing, les modèles d'organisation classiques pyramidaux s'aplatissent pour former de véritables réseaux. Les outils de partage d'informations, tels que le forum ou l'intranet, permettent déjà de décloisonner l'entreprise, de capitaliser les connaissances mais aussi d'identifier les compétences existantes et de collaborer à distance pour créer de la valeur pour l'entreprise. Les réseaux sociaux d'amplifieront et de fluidifieront la circulation de l'information et l'entraide. Bien sûr, aujourd'hui, ces outils 2.0 sont encore peu matures en entreprise et les usages limités. Ainsi, selon une étude de Lecko réalisée auprès des entreprises du CAC40 début 2014, 50% des employés ressentent des difficultés à s'exprimer sur des espaces ouverts et perdent leurs repères dans l'accès à l'information, jusque-là très formalisé. L'adhésion et l'accompagnement des managers est donc décisive dans l'émergence d'une culture de l'intelligence collective. La construction par l'exemple est la méthode adoptée chez Lafarge : le recueil des contributions autour d'une idée métier sur le réseau social accélère le temps de mise en production.

Grâce à la mise en place d'outils de communication et de collaboration efficaces, doublée de la dématérialisation du poste de travail, certains collaborateurs travaillent déjà en tout lieu, à tout moment et à partir de tout terminal, professionnel ou non. L'entreprise numérique de 2020 aura libéré de la contrainte de présence en un lieu à une heure donnée et l'interaction entre employés sera plus complexe. L'adoption d'un système organisationnel expérimental inspiré de l'holacratie par Zappos début 2013 est d'ailleurs emblématique de ce phénomène. Cette société e-commerce nord-américaine de 1500 personnes a en effet abandonné sa structure de décision pyramidale au profit d'une organisation fractale d'équipes auto-organisées. Ces dernières se constituent en fonction de leurs compétences et des projets à réaliser collectivement. Appliquée à l'extrême chez Zappos, le fonctionnement décentralisé sera sans doute plus répandu en 2020 et nécessitera de réinventer le rôle du manager. Ce dernier, qui désormais ne contrôle plus l'information, joue le rôle de pivot central dans l'évolution vers une culture d'entreprise numérique. Agissant comme référant plutôt que comme simple supérieur hiérarchique, laissant plus de place à l'autonomie et à la créativité, il portera encore plus le changement en entreprise et l'accompagnement des équipes vers de nouveaux modes de travail.

Cette mise en réseau des connaissances et compétences, liée à une atomisation du travail par la dispersion des collaborateurs, vont contribuer à créer une entreprise plus innovante, fonctionnant en projet et faisant appel à un pool de travailleurs, peut-être même indépendants, prêts à collaborer ensemble. En outre, cette transformation permettra à l'entreprise de 2020 de fournir une expérience personnalisée et adaptée à chaque besoin de ses clients en communicant en temps réel avec ces derniers.

 

A la recherche de l'équilibre pour l'humain, pierre angulaire de l'entreprise

Au travers de ces exemples, une tendance claire se dégage : le numérique place le collaborateur au coeur de la transformation de l'entreprise. D'ici 2020, ses choix et exigences seront de plus en plus écoutés et pris en compte. Il pourra alors trouver l'équilibre qui lui convient dans sa manière de travailler. Pour retrouver du confort dans ces conditions, il lui appartiendra en partie d'organiser son travail. Selon une étude réalisée par JobTeaser.com pour Deloitte en 2013, les jeunes générations souhaitent décider de leurs horaires et de leur lieu de travail : 63% d'entre eux préfèrent le travail nomade et 83% souhaitent bénéficier d'horaires flexibles, s'émancipant ainsi des contraintes physiques ou temporelles. L'entreprise numérique de 2020 offrira à ses collaborateurs cette liberté de choix. Encouragés par la portabilité des terminaux intelligents, une connectivité développée et une sécurisation des moyens de communication, ces collaborateurs n'attendront plus que l'aval de leurs supérieurs pour pouvoir travailler n'importe où et à n'importe quelle heure. Les entreprises en sont déjà conscientes puisque, selon Regus, 60% d'entre elles estiment que les pratiques de travail flexible sont plus efficientes que le travail fixe. Attention toutefois au risque de couper le lien avec l'entreprise. Pour éviter cet écueil, certaines entreprises imposent un jour sur site obligatoire pour maintenir ce lien avec l'entreprise et ses collaborateurs. Yahoo!, qui autorisait cinq jours en télétravail pour ses employés, a finalement fait marche arrière en juin 2013 en supprimant complètement cette pratique.

Cette liberté aura, de fait, des impacts sur l'équilibre professionnel et personnel des collaborateurs. Lorsque les frontières s'estompent, les contraintes professionnelles peuvent empiéter sur l'espace personnel. Pourtant, aujourd'hui, les collaborateurs semblent conquis : 80% des télétravailleurs estiment être plus productifs et avoir avec une meilleure qualité de vie, selon le livre blanc du télétravail publié en 2012 par le Tour de France du Télétravail. A l'entreprise de 2020 de mettre systématiquement en oeuvre des processus d'accompagnement ainsi que des logiques de conseil aux collaborateurs, afin de leur permettre de concilier au mieux liberté de travail et équilibre personnel. L'entreprise, en répondant intelligemment aux exigences des nouvelles générations, sera d'autant plus attractive pour les jeunes talents. En effet, le marché qui se mondialise, les entreprises devront saisir toutes les opportunités pour attirer et retenir les talents qui se raréfient. Les entreprises de 2020 les plus innovantes fonctionneront donc sur le principe de réseau de d'individus mobilisables pour certains projets, certaines missions, et travaillant à distance dans les meilleures conditions.

Les esquisses de l'entreprise numérique de 2020 se dessinent déjà aujourd'hui et laissent entrevoir un champ immense de possibilités pour les collaborateurs et les organisations à moyen et long-terme. Elle fédérera des femmes et des hommes qui sauront tirer profit de la technologie et des usages numériques en plein essor pour créer de la valeur et s'épanouir à l'échelle collective et individuelle.

L'accélération de l'innovation des dernières années laisse penser qu'au-delà de 2020, les films de science-fiction seront devenus réalité. Cette perspective apporte un lot de questions naturelles. Quelle sera la première entreprise spatiale ? Comment les jeunes générations seront-elles formées aux nouveaux usages et techniques ? Quelle place aura le management dans une entreprise composée de robots, d'objets connectés et d'humains ? Si les réponses n'existent pas encore, une chose est certaine : le changement de culture et les solutions se préparent dès à présent et les étudiants d'aujourd'hui seront les moteurs des défis de demain.

Signataires :


 

Sources

  • Génération mobilité - L'entreprise, version « nomade », Supplément Le Monde, 27 mars 2014
  • Le Marché du Cloud Computing en France : Clouds Privés et Publics, IDC, 2013
  • Le Réseau Social d'Entreprise enfin parfaitement adopté par ses utilisateurs ?, Etude Lecko sur L'Atelier BNP Paribas, février 2014
  • Zappos et la holacratie, Le journal de la Sillicon Valley de L'Express, janvier 2014
  • L'entreprise idéale de demain, Entre idéalisme et pragmatisme, Deloitte et JobTeaser.com, Avril 2013
  • Livre blanc national sur le télétravail et les nouveaux espaces de travail, Tour de France du Télétravail, 2012
  • De gros employeurs s'engagent à éviter les réunions après 18h, Le Figaro, décembre 2013
  • Flexible working goes global, Regus, 2011
  • Pourquoi Marissa Mayer a interdit le télétravail chez Yahoo!, JournalduNet, juin 2013
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