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23/06/2009

Interview d'Eric Rieul, Senior Vice-Président en charge de l'Activité Energie & Telecom de Sagem Communications

Notre interview est consacré aux femtocells, ces petites antennes, généralement 3G, disposées dans les box que conçoit Sagem Communications pour les FAI. Le terme « femtocell » signifie que ce sont de toutes petites cellules (un femtomètre vaut 10-15m).

Accéder à l'interview d'Eric Rieul

Pouvez-vous nous présenter votre rôle au sein de Sagem Communications ?
Sagem Communications est composée de quatre business units. La première est dédiée aux fax et aux cadres numériques. La deuxième est dédiée au « Broadband » (modem, Gateway, comme les box triple-play par exemple) et téléphonie sans fil résidentielle). Elle a été créée en 2005 suite à la forte croissance du marché des box. La troisième est consacrée aux décodeurs de TV numérique (set-top box) dont les ventes explosent avec la généralisation de la TNT et de la haute définition. La dernière unité est celle dont je suis en charge : Energie et Telecom. Elle est divisée en trois métiers : application M2M (machine-to-machine) incluant notamment les modules radios et la femtocell. En termes de Business Development il est plus cohérent de situer la femtocell dans cette division ; dès que la technologie sera plus mature et vendue à très grande échelle, elle devrait rejoindre la même business unit que les box dans lesquelles elle sera intégrée. Ensuite il y a un métier énergie avec les compteurs intelligents et le métier réseaux et systèmes dans lequel on retrouve les équipements de coeur de réseaux.

Quel est votre point de vue sur la technologie femtocell et l'état du marché aujourd'hui ?
La femtocell est un projet qui a pris douze à dix-huit mois de retard. Au début, il y a 4 ans, la femtocell était considérée principalement comme un nouvel outil sur lequel on développerait de nouveaux services. Mais le business model associé à ce service supplémentaire est complexe puisqu'il met en oeuvre un écosystème complexe et implique un investissement de plus de 100 euros supplémentaires par foyer.
Depuis l'automne 2008, les opérateurs voient dans la femtocell un outil performant et économique d'optimisation de leurs ressources réseau et multiplient dès lors les appels d'offre sur le sujet. Ajouter 100 euros par foyer permet aussi de décharger le réseau externe, ce qui revient souvent moins cher que de déployer de nouvelles stations de base. Nous sommes en 2009 en phase de pré-commercialisation et de préparation du lancement. Sagem Communications envisage donc un démarrage du marché en 2010.

Comment situez-vous la technologie femtocell par rapport aux problématiques liées aux antennes en France ?
C'est ici que le préfixe femto prend son sens. L'antenne de femtocell émet à une puissance extrêmement réduite. Par sa proximité, elle permet aussi à l'antenne des téléphones mobiles connectés d'émettre plus faiblement.

Quels sont les services additionnels que permet la femtocell ?
Grâce à la femtocell, Sagem Communications souhaite pouvoir offrir des services dans le monde du multimédia, de l'énergie, de la santé ou de la sécurité sur des terminaux se situant dans les mains des consommateurs finaux c'est-à-dire leur mobile, leur ordinateur, leurs télécommandes, leur home-screen ou leurs consoles de jeux. Aujourd'hui la technologie est suffisamment mature pour que l'on puisse partager et modifier ce type de services dans tous ces domaines et à partir de ces devices. Nous comptons ainsi toucher tous les foyers sans distinction de niveau d'équipement et donc de revenu. Au-delà du confort lié à l'amélioration de la couverture et du débit de la connexion Internet sans fil, la femtocell est un outil qui permet aussi de développer des services de domotique lorsqu'un usager est dans sa maison, par exemple pour commander tous types de terminaux communicants que l'utilisateur choisi d'inclure à son profil.

Quel est le business model lié aux femtocells ?
En tant qu'industriel, nous essayons de développer ces technologies. C'est le rôle de l'opérateur de développer le business model. Celui-ci s'appuie sur l'optimisation du réseau qui résulte de l'utilisation des femtocells, mais aussi sur la fidélisation que procure les services optimisés dont pourra bénéficier chaque membre du foyer. L'innovation n'a pas forcément un coût pour l'utilisateur.

Quel impact cette technologie devrait avoir sur l'ARPU ?
Aujourd'hui avec la voix sur IP, les revenus liés à la conversation voix risquent de diminuer. Mais la stratégie des opérateurs convergents est, de toute façon, orientée vers les autres sources de revenus en proposant des portails ou des boutiques en ligne pour acheter des services. Avec la femtocell, l'abonné pourra accéder à ce type de portail chez lui, sur son mobile ou sur tout autre appareil connecté.

Aujourd'hui, Orange propose une offre UNIK qui permet d'appeler de son portable en Wifi depuis chez soi. Quel est l'intérêt de proposer le même type d'offre en ajoutant le coût d'une femtocell ?
Ce sont 2 technologies similaires en terme d'usage.
Dans le cas d'Unik, la complexité est ajoutée au téléphone mobile, qui contient alors à la fois un récepteur GSM classique et un récepteur Wifi. La ressource Wifi est « partagée » avec l'ensemble des usages et usagers Wifi. Le Wifi fait usage de la batterie du mobile. En outre, les mobiles de ce type restent assez rares.
Dans le cas de la femtocell, le mobile est standard. Il communique de façon « native » et bénéficie des ressources radio dédiées à l'opérateur. La femtocell est « mutualisée » pour l'ensemble des mobiles du foyer.

Quels sont vos concurrents sur le développement de la femtocell ?
Nous travaillons avec Alcatel-Lucent avec lequel nous avons un partenariat depuis 2 ans où chacun apporte ses compétences respectives en infrastructures et en terminaux. La plupart de nos concurrents procèdent d'ailleurs ainsi en associant des fabricants d'infrastructures et des spécialistes de la Femtocell, quelquefois des start-up. On peut d'ailleurs noter que tous les acteurs, même les plus importants ne sont pas au même niveau de maturité que nous, puisque certaines offres sont encore basées sur des "picocells", développées à l'origine pour l'équipement d'immeubles ; la faiblesse de ces acteurs pourrait résider dans leur incapacité à interopérer avec d'autres fabricants autour de standards ouverts, écueil que nous pensons éviter dans notre partenariat avec Alcatel Lucent.

Quels sont les freins à la démocratisation de cette technologie ?
Le premier frein était technique. Intégrer la complexité d'une station de base 3G dans un simple boitier est complexe vous vous en doutez. Mais, à l'image de Qualcomm qui a récemment décidé d'investir dans les technologies femtocells, la technologie est bien prête aujourd'hui. La deuxième difficulté est la gestion du maillage radio entre réseau principal et les femtocells. Tout cela doit évidement se configurer de façon totalement.
Enfin, le dernier facteur est lié au business model des femtocells. Il faut atteindre le « price-point » qui rendra cette technologie totalement attractive pour l'utilisateur comme pour l'opérateur. Nous y travaillons !

Eric Rieul rappelle les trois avantages de la technologie femtocell pour un opérateur télécom : optimiser son réseau, proposer de nouveaux services et permettre une meilleure intégration du mobile au sein du foyer. Pour le consommateur, les avantages sont donc d'améliorer sa réception et son réseau « indoor » avec une bande passante plus large, d'accéder à de nouveaux services ou applications, le tout avec des tarifs optimisés à son usage à domicile. Le directeur de l'Activité Energie et Telecom de Sagem Communications précise aussi que la technologie femtocell existe avec d'autres normes dans d'autres pays (selon la norme en vigueur). Enfin, Eric Rieul nous confie que, d'après lui, plusieurs opérateurs devraient commencer à déployer la technologie femtocell cette année.

Eric RIEUL, diplômé de Télécom Paris et de l'Ecole Nationale des Arts et Métiers, a commencé sa carrière comme ingénieur de Recherche et Développement dans le domaine de la défense chez Sagem en 1991.
Après avoir été responsable d'une Unité de Recherche, il a ensuite exercé des responsabilités marketing et commerciales au sein de différentes Business Units. Il est nommé Directeur Adjoint de l'Activité Réseaux en 2003 avant de devenir Senior Vice-Président en charge de l'Activité Energie & Telecom de Sagem Communications en 2007.

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