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07/03/2014

Le triple play bradé de Bouygues Telecom : bombe à retardement ou feu de paille?

Bouygues Telecom a donné un coup de pied dans la fourmilière en présentant son offre triple play (Internet, TV et téléphonie fixe) à 19,99€ par mois fin février, étendant ainsi la guerre des prix du mobile vers l'ADSL, comme promis par Martin Bouygues dans une interview au Figaro fin 2013.

Avec cette annonce, Bouygues annonce la couleur : la bataille de l'ADSL ne se déroulera pas sur le plan technologique, mais plutôt sur l'aspect tarifaire. "Ce marché mature du fixe a besoin d'être bousculé avec des offres innovantes, il y a des acteurs bien en place, avec une marge d'EBITDA de plus de 40%, réservées aux produits de luxe. Il y mieux à faire, avec des offres de rupture à apporter sur le marché pour que le plus grand nombre de Français puisse accéder en cette offre en cette période de crise". L'idée sous-jacente est aussi d'affaiblir Free, qui dispose de marges importantes sur l'Internet qui lui servent à financer ses autres projets, dont la mobilité. Sur les trois premiers trimestres de 2013, le chiffre d'affaires de Free sur l'ADSL atteignait 1,8 milliards d'euros, dont 626 millions[1] d'euros sur le 3e trimestre seul. Le coup d'éclat de Bouygues Telecom a déjà eu un premier effet : le dévissage de l'action Iliad à la bourse qui a perdu plus de 10% le jour de l'annonce...

Free a réagi très vite en annonçant la baisse du forfait Initial de sa filiale Alice pour atteindre 19,98€ par mois, soit 1 centime de moins que son concurrent. Pourtant, l'offre triple play de Free reste moins riche, en particulier sur la télévision, même si cette faiblesse relative peut être contrebalancée par une plus grande couverture en matière de dégroupage avec 20 millions de lignes éligibles.

Avant Bouygues, d'autres opérateurs s'étaient lancés sur des offres Internet fixe à moins de 20 € par mois, mais il fallait souvent se contenter d'un accès aux chaînes de télévision par la TNT, et oublier l'enregistreur numérique, la VoD, etc. Cette fois, tout y est, puisque l'opérateur reprend son offre ADSL de base, jusque-là proposée à 31,90 € par mois. L'abonné disposera d'une connexion haut débit, d'un espace de stockage dans le cloud de Bouygues Telecom, de l'accès à 165 chaînes de télévision, d'un enregistreur de 40 Go, et enfin de la téléphonie illimitée vers des numéros fixes en France et vers 121 destinations internationales. Pour les appels illimités vers les mobiles et une offre premium pour la TV, il faudra ajouter 6€ par mois. Le « plus petit acteur du fixe », comme il se présente lui-même, espère ainsi « atteindre le plus vite possible les 20% de parts de marché, soit 5 millions de clients » contre les 2 millions actuels.

Quelques petits bémols toutefois : l'offre disponible depuis le début de cette semaine pour les nouveaux abonnés ne sera accessible pour les clients existants qu'à partir du 14 avril et uniquement dans les grandes agglomérations de plus de 100 000 habitants, là où Bouygues a déployé son propre réseau. D'après l'opérateur, 12 millions de foyers pourraient ainsi en bénéficier. Il faudra aussi sans doute que Bouygues, qui arrive souvent en fin de peloton dans le baromètre des Fournisseurs d'Accès Internet de l'UFC que choisir, améliore la qualité de son service.

Bouygues Telecom, qu'on annonçait déjà comme "marginalisé" en cas de fusion entre SFR et Numericable compte lancer d'autres offensives, notamment dans le domaine de la fibre optique, d'ici cet été. L'idée d'une box 4G n'est pas à écarter non plus, puisque le PDG a rappelé qu'il considérait que « l'Internet mobile est l'avenir du numérique ».

Dans cette bataille des prix, les opérateurs n'ont d'autres choix que de rogner sur leur marge dans le triple-play pour se construire des munitions. Certains opérateurs tentent néanmoins de tirer leur épingle du jeu en poussant des offres quadruple play (combinant le triple play et le mobile), comme Orange avec Open ou Sosh + Livebox. Ces offres plus attrayantes au niveau tarifaire permettent de réduire le churn client. Tout porte à croire que la rétention sera le nerf de la guerre des télécoms...

 


[1] Communiqué de presse Iliad - Chiffre d'affaires du 3ème trimestre 2013

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