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16/06/2009

Que deviennent les anciens téléphones portables ?

Le 15 juin 2009, le ministre du Développement Durable, Jean-Louis Borloo, a envisagé de mettre en place un système de consignes pour les téléphones portables. Le principe est simple : rémunérer 5€ les consommateurs ramenant leurs mobiles usagés dans les boutiques. Cette mesure inciterait ainsi les Français à rendre leurs anciens mobiles et à participer à la filière de recyclage qui a le plus de mal à démarrer depuis la mise en place de la loi DEEE. En attendant les

 

réactions des différentes parties prenantes notamment sur la prise en charge de ces 5€/mobiles collectés et sur d'autres détails de cette mesure, Sia Partners vous propose de revenir sur la filière de recyclage des téléphones portables.

En janvier 2003, conformément au principe de responsabilité élargie des producteurs, l'Union Européenne décide de légiférer la collecte et l'élimination des Déchets d'Equipements Electriques et Electroniques (DEEE) en adoptant une directive. Cette directive traite aussi bien de la conception des produits en amont que de la collecte et des modes de traitement des déchets avec comme objectif final le recyclage maximum des DEEE. En particulier, elle fixe un taux de collecte des DEEE des ménages à 4 Kg par an et par habitant dès 2006. Elle est transposée en France sous forme de décret le 13 aout 2005, après concertations entre les différents acteurs, à savoir : les producteurs et distributeurs d'Equipement Electriques et Electroniques (EEE) et les pouvoirs publics.

 

Organisation de la filière

Les distributeurs d'EEE doivent proposer aux clients la reprise « un pour un ». Lors de l'achat d'un nouvel équipement, ils doivent offrir la possibilité de reprendre le même type d'équipement utilisateur auprès de l'acheteur. Certains distributeurs proposent la reprise « deux pour un » qui consiste à reprendre deux équipements usagés pour l'achat d'un neuf ou encore la reprise « zéro pour un » qui consiste à reprendre les équipements usagés de tous même sans achat. Les producteurs sont responsables de mettre en place et de financer la filière pour les EEE mis sur le marché. Les collectivités locales restent responsables de la collecte sélective des déchets ménagers.

En pratique, pour les DEEE issus des ménages, les producteurs s'organisent autour d'éco-organismes qui prennent en charge, à leur nom, l'enlèvement et le traitement des DEEE ménagers. Ces éco-organismes sont au nombre de 4 : Eco-Systèmes, ERP France, Eco-Logic et Recylum (exclusivement dédié aux ampoules usagées). Agréés par arrêté interministériel, ils doivent à leurs adhérents des solutions et des prestataires pour l'enlèvement, le traitement, le recyclage et l'élimination de leurs déchets. Cette organisation doit permettre de faire bénéficier les producteurs de coûts mutualisés.

Ces éco-organismes se positionnent à tous les échelons de la filière : ils se placent en prestataire de service pour les distributeurs (mise à disposition de moyens de collecte des DEEE) et accompagnent les collectivités locales qui le souhaitent dans la mise en place de la collecte sélective des DEEE. En effet, l'OCAD3E, une filiale commune des 4 éco-organismes est chargée de verser des soutiens financiers aux collectivités locales qui contribuent à la collecte de DEEE.

La collecte des DEEE

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Dans le processus, diverses entités interviennent à chaque niveau. Une association comme Emmaüs participe à la réhabilitation pour revendre ensuite certains équipements électroniques et électroménagers au profit de leurs oeuvres. Les compagnons d'Emmaüs ont traditionnellement travaillé à la revalorisation de certains biens donnés par des utilisateurs pour les revendre ensuite. Sur la réhabilitation des EEE, l'association créée par l'Abbé Pierre collabore via les Ateliers du Bocage qui sont membres du réseau Emmaüs France. Les distributeurs du réseau propre (boutiques des opérateurs) ou concurrentiel (Fnac, The Phone House, etc.) interviennent en amont de ce process pour servir de point de collecte des mobiles et leurs accessoires (chargeur, batterie...). Les téléphones récupérés sont triés en fonction de leur état et dirigés vers des filières spécialisées de recyclage (la plupart du temps, des éco-organismes ou Regenersis/Fonebak) ou réparés (par les Ateliers du Bocage par exemple) pour être revendus dans les pays où la téléphonie mobile peut être un accélérateur de développement ou via des associations comme Emmaüs (dans leurs centres ou sur Internet).

Les mobiles, des DEEE peu recyclés

Nous avons tous un téléphone portable au fond d'un tiroir, qu'il fonctionne encore ou non. recyclage-mobile-3

En effet, les Français renouvellent en moyenne leurs téléphones tous les 20 mois (étude TNS SOFRES 2006) : le téléphone portable a une durée d'utilisation limitée et les nouveaux téléphones sont, chaque année, plus performants. Or, le terminal mobile est composé de matières plastiques et de métaux (cuivre, fer, or, argent, ...) récupérables et la batterie contient du cadmium et du lithium à traiter de manière adaptée. Le téléphone devrait donc être une priorité pour la filière de collecte et de recyclage. L'étude TNS-Sofres pour l'AFOM menée depuis plusieurs année révèle que quand ils changent de mobile, la plupart des utilisateurs le conserve ou le donne à un proche mais peu le recycle. C'est pourquoi l'AFOM, les éco-organismes comme Eco-Systèmes et le Ministère de l'Écologie, de l'Énergie, du Développement durable et de l'Aménagement du territoire réalisent régulièrement depuis le lancement de la filière des campagnes radio incitant à rapporter son téléphone dans une boutique.

Du côté des opérateurs, des éco-organismes ou des pouvoirs publics les chiffres sont préocuppants : pour une vingtaine de millions de mobiles neufs vendus chaque année, en 2006, 350.000 mobiles ont été collectés, 500.000 en 2007 et 800.000 en 2008 (année où les objectifs globaux de collecte de DEEE ont été dépassés en France avec 4,4 Kg/an/hab.). En 2008, les opérateurs en ont récoltés prés de 500.000 (environ 60%) dans des proportions similaires. Dominique Mignon, responsable du développement de l'éco-organisme Eco-Systèmes, estime à 4% le ratio quantité récoltée sur quantité mise en service pour 2008 (800000 collectés pour 22 millions de mobiles neufs mis en marché).

A l'échelle de la planète, le nombre de mobiles collectés reste faible. Le Royaume-Uni est le pays qui récupère le plus les DEEE et la France est dans la moyenne européenne (12ème en 2008 avec ses 4,4Kg/an/hab.).

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Pourquoi ne récolte-t-on pas assez de mobiles ?

- Ils fonctionnent encore. L'achat est motivé par le désir d'avoir un téléphone plus performant mais la plupart du temps le renouvellement d'un mobile n'est pas la conséquence d'une panne totale de l'ancien terminal. C'est pourquoi, la plupart des consommateurs le conserve en cas de panne du nouveau.
- Ils ont encore de la valeur. Leur prix d'achat est réduit (subventionné par l'opérateur), mais les utilisateurs pensent que leur téléphone a encore de la valeur. En effet, il existe un marché « de seconde main » notamment sur Internet (eBay, etc.) ou dans les boutiques indépendantes où sont vendus des mobiles d'occasions à des prix relativement élevés. Certains pensent que les opérateurs ou les distributeurs prétextent une « démarche verte » pour récupérer des mobiles gratuitement, les revendre et faire une plu value.
- Ils contiennent des données personnelles. Le téléphone mobile est l'appareil électronique le plus personnel et le plus intime qui soit. En conservant leur mobile, les consommateurs évitent que leur contenu personnel (photos, contacts, ...) ne soit divulgué même si les éco-organismes sont tenus d'effacer la mémoire du téléphone intégralement.
- Le volume de l'appareil est réduit. On peut le stocker des années au fond d'un tiroir contrairement à un lave linge ou à un réfrigérateur qui fonctionnerait encore.
- Les consommateurs manquent d'informations sur la filière de collecte et de recyclage. Selon, une étude TNS-Sofres pour l'AFOM, en 2008, 76% des Français pensent qu'il est possible de recycler les téléphones mobiles mais, parmi eux, 53% déclarent ne pas savoir comment faire. C'est la principale piste d'amélioration envisagée par les parties prenantes du secteur afin de faire évoluer les habitudes de consommation des Français.
- Les consommateurs ne sont pas inciter à rendre leurs mobiles usagés. La seule mesure dans ce sens est celle d'Orange qui propose à ses abonnés de conserver leur mobile lors d'un réengagement en échange de 40€. Cependant, cette démarche n'est pas sans avantage pour l'opérateur qui réengage ainsi des abonnés susceptibles de churner à moindre frais, c'est-à-dire sans subventionner un mobile.
- Les distributeurs respectent-ils la loi DEEE ? Il semble que ce soit le cas pour les réseaux physiques de distribution que ce soit pour le réseau propre (boutiques des opérateurs) ou le réseau concurrentiel. Cependant, prés de la moitié des mobiles sont vendus à distance au téléphone ou sur Internet (sur les boutiques des opérateurs ou sur des sites de vente en ligne). La plupart des consommateurs qui achètent leur mobile à distance ne rend pas l'ancien parce qu'ils ne font pas la démarche de se déplacer dans des boutiques ou dans des déchèteries.

Contrairement à la plupart des FAI qui louent leurs box sur le modèle du leasing longue durée, les mobiles sont achetés par les consommateurs qui en sont donc propriétaires. recyclage-mobile-2Ainsi, lorsque, environ tous les 18 mois, les utilisateurs renouvellent leur mobile, ils ne sont pas contraints de rendre leur ancien terminal. En revanche, dans le cas d'une location de box, la résiliation du contrat est effective à la réception du matériel et si la box n'est pas renvoyée, elle est facturée à l'abonné (environ 100€). Ainsi, le système de subventions du mobile lié à l'engagement du client auprès d'un opérateur et de renouvellement par fidélisation et réengagement est difficilement compatible avec le développement durable augmentant de manière conséquente la quantité de DEEE.
A ce propos, la cession de propriété du matériel à l'utilisateur final mériterait parfois d'être repensée. Pour les téléphones mobiles, un business model fondé sur la location longue durée du terminal, ou le prêt par un opérateur téléphonique, transfèrerait la charge du coût d'achat, d'entretien et de recyclage des appareils sur les opérateurs professionnels et non sur les particuliers. Ces changements concernent l'ensemble des parties prenantes et demanderaient des modifications de fond sur les rémunérations des distributeurs, le prix des forfaits et mode d'engagement des opérateurs. La filière serait ainsi plus facile à gérer.

 

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